
2025
Neo-Kowloon
Ken STENDHAL
Neo‑Kowloon plonge le lecteur dans une ville souterraine où le ciel n’est qu’une dalle de béton et où la lumière ne provient que des néons saturés qui suintent sur les façades. Ken Stendhal signe un roman choral, peuplé de personnages hauts en couleur, dont les trajectoires s’entrecroisent dans une ambiance moite, violente et poisseuse. L’enjeu de la couverture était de traduire cette atmosphère cyberpunk dense et presque suffocante, tout en illustrant la pluralité des personnages propre au récit. Chaque élément graphique devait refléter une présence, un destin, une bribe d’humanité perdue dans le décor tentaculaire de cette ville trop lumineuse pour ne pas cacher ses ténèbres.
SF, Cyber-punk


Approche stratégique
Le lectorat SF cyberpunk recherche des univers visuels forts, presque sensoriels, où la ville devient un personnage à part entière. Pour se démarquer dans un genre très codifié, la couverture devait combiner une imagerie immédiatement reconnaissable — néons, pollution lumineuse, pluies acides, architecture compressée — et une approche plus narrative, capable de suggérer la multiplicité des protagonistes et la complexité du monde. La stratégie a donc consisté à construire un décor vivant, saturé et étouffant, qui évoque simultanément la promesse du cyberpunk “classique” et la singularité de l’univers de Ken Stendhal. La présence de signes lumineux, de traces de violence et de couleurs agressives devait susciter l’intuition que chaque recoin cache une histoire — et qu’aucun personnage ne ressort indemne de Neo‑Kowloon.
Choix graphiques
La composition s’organise autour d’une rue étroite et vertigineuse, encadrée par des bâtiments trop hauts, trop proches, presque écrasants. Les néons — roses, cyan, violets — s’accrochent aux façades comme des cicatrices lumineuses, tandis que la brume et la pluie créent un voile humide qui nourrit l’ambiance poisseuse recherchée. L’image est volontairement saturée : les couleurs débordent, se reflètent au sol, s’entrechoquent pour exprimer la pollution visuelle permanente de la ville. Les enseignes, les vitrines et les halos lumineux ne sont pas de simples décorations : chacun représente un morceau de l’univers, un fragment d’un personnage, une thématique du roman. La typographie du titre, massive, glitchée et légèrement désaxée, traduit la déstructuration identitaire propre au cyberpunk. Le sous‑titre manuscrit apporte une rupture organique au milieu du numérique omniprésent, comme une trace humaine qui lutte encore pour exister. L’ensemble crée un paysage à la fois hostile et fascinant, où l’œil ne sait plus si la lumière éclaire ou camoufle.
Positionnement et cohérence
La couverture s’inscrit pleinement dans le registre du cyberpunk contemporain tout en portant une intention plus illustrative que décorative. Elle offre un véritable choc visuel qui parle immédiatement au lectorat fan de SF dystopique, tout en proposant une lecture plus subtile pour celles et ceux qui cherchent un récit choral riche en personnalités. L’ambiance moite, saturée et dangereuse reflète parfaitement la promesse narrative : une ville qui dévore, des tensions permanentes, des trajectoires humaines broyées par la technologie et la violence contenue. La cohérence entre l’illustration, la typographie et la lumière permet au roman d’exister dans un marché très compétitif, tout en affirmant une esthétique assumée, dense et mémorable.
Avec Neo‑Kowloon, j’ai cherché à construire une couverture qui ne montre pas seulement une ville futuriste, mais qui donne l’impression de l’habiter. La saturation, les néons, l’humidité, les reflets et la verticalité créent une immersion immédiate dans ce monde souterrain, tout en traduisant la richesse narrative du roman de Ken Stendhal. Le résultat est un visuel puissant, vibrant et profondément ancré dans les codes du cyberpunk, conçu pour attirer autant les amateurs du genre que les lecteur·rice·s en quête d’un récit humain dans un décor oppressant.

